facebook : mon fils est mon ami !?
Dans un élan d’enthousiasme effréné j’ai demandé à notre fils cadet d’être mon ami sur facebook. Je n’ai pas demandé à l’aîné parce que j’imagine qu’il n’a pas de compte facebook, mais peut-être me trompaige (de se trompéger, qui signifie commettre une erreur, néologisme en usage dans mon vocabulaire).
J’ai d’excellentes relations avec nos fils, peut-être même parfois qui dépassent le cadre d’une relation parent/enfant validée par la norme, les religions monothéistes et les psychologues, certains bars de Montpellier peuvent en témoigner… La plupart du temps nos fêtes sont intergénérationnelles, les amis des uns et des autres se croisent et échangent à loisir, en général pour le plaisir de tous.
Or pourquoi ai-je eu le désagréable sentiment de pénétrer une zone où je n’avais rien à faire en allant « voir le mur » de notre fils ? J’y suis resté environ 10 secondes, le temps de me sentir aussi gêné que si j’avais fouillé dans le sac de ma Douce ou ouvert son courrier. Le fait que nous n’ayons rien de spécifique à nous dissimuler n’y change rien.
Je pense que c’est ici un problème d’habitude propre à ma génération (aux précédentes et peut-être encore à une après moi). Le mur de notre fils est public (d’autant plus public que je ne suis pas certain qu’il ait activé correctement les paramètres de confidentialité de facebook), je ne transgresse aucun tabou en allant y jeter un œil, mais je me sens mal à l’aise de le faire. Quand je discute avec lui il me fait des confidences que je n’aurai pas fait à mes parents mais la qualité de nos relations fait que je ne suis ni gêné, ni surpris qu’il me les fasse. Pourquoi, alors, ai-je l’impression « de regarder dans son dos » lorsque je suis sur son mur ? Pourquoi ai-je le sentiment que ce mur est une part visible de lui que je n’ai pas à voir ? Alors qu’il m’a accepté comme « ami » et qu’il sait que je vais avoir accès à son mur. Mais l’a-t’il vraiment envisagé justement, le réflexe d’acception de l’ami n’est-il pas devenu un réflexe sans réflexion ? Un automatisme ? Dès-lors, moi « le vieux » ne suis-je pas en train de prendre en charge pour lui tous ces questionnements ? Et surtout, dans le monde qui se dessine ces questions seront-elles encore nécessaires ?
L’étape qui va suivre un monde totalement facebooké est celle où il va falloir choisir ce que l’on colle sur son mur et ce que l’on garde pour soi et le garder pour soi signifiera, j’imagine, ne jamais lui donner la moindre possibilité d’être publicisé.
Cela dit, en arborant un slogan sur un tee-shirt, voire une simple image, je dis avec autant d’impudeur que certains s’affichent sur facebook, ce que je suis (ou voudrais-être) et je le dis à tous ceux qui m’auront croisé ce jour-là. Facebook a juste plus de connections potentielles que de personnes que je croiserai dans ma journée.
Bon, un peu fouillis ce billet, manifestement, je suis plus plein de questions que de réponses en ce moment…

Je ne suis pas (encore) sur facebook, mais Michèle, la mère de mes enfants, ma compagne, y est depuis peu. Elle est l’amie de notre fils et a donc accès à son « mur ». Elle y a vu des photos de son anniversaire et donc de l’intérieur de notre appartement, puisque nous lui avions prêté la maison, son studio étant un peu trop petit pour y inviter tous ses amis… C’est un peu étrange, mais finalement cela fait partie de ce qu’on trouve en faisant preuve d’un peu de curiosité sur la vie sociale de nos « amis »… fussent-ils nos enfants. Je ne peux m’empêcher de trouver cela un peu « intrusif ».
Comment by Pierre — 18 octobre 2010 @ 19 h 08 min